On est tranquille. Cela roule tout seul. C'est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tous prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences : le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin, le silence du commencement quand les deux amants sont nus l'un en face de l'autre, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur, et on dirait un film dont le son s'est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n'est qu'une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence.. [...] On sait qu'il n'y a plus d'espoir, la sale espoir; qu'on est pris, qu'on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu'on n'a plus qu'à crier, à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire, qu'on n'avait jamais dit, et qu'on ne savait peut-etre meme pas encore. Dans le drame, on se débat parce qu'on espère sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire, c'esr gratuit.

